jeudi 26 mai 2011

CUI-CUI


L'automne pointait le bout de son museau. Yvette enfila une petite laine et c'est le sourire aux lèvres qu'elle prit le chemin du salon de coiffure qui se trouvait au bout de la rue. Elle portait en elle un secret qu'elle comptait bien livrer en ce jour maussade de fin septembre. Elle s'était tue tout l'été et jubilait, sûre d'elle, de l'effet qu'elle produirait sur les habituées du salon qu'elle fréquentait une fois par mois depuis qu'il avaient emménagé dans ce petit pavillon de banlieue lové au milieu d'une jardin luxuriant. Le lieu, emprunt de fraicheur pastorale, dispensait une quiétude qui seyait à merveille à leur nature rêveuse. Retraités, Yvette et Robert avaient passé tout l'été à muser, voluptueusement allongés dans deux hamacs au tissus soigneusement choisi fleuri sous les frondaisons qui leur distillaient ombre et fraicheur. Ils goûtaient là au repos des justes, s'abandonnant au temps qui passe sans souci du lendemain.


Un soir du mois de juillet alors qu'ils contemplaient, alanguis, la voûte céleste, un chant d'oiseau retint leur attention. C'était la première fois qu'ils l'entendaient et ne surent mettre un nom sur le volatile. Machinalement, plissant les lèvres, Robert lui répondit et s'entamât, alors, à leur grande surprise, un dialogue qui charmât Yvette, aux anges. Les deux compères s'entendaient à merveille et le concert aurait pu durer toute la nuit si Robert, au bord de l'apoplexie, ne dût s'arrêter, faute d'air. Amusés, ils se couchèrent tout au souvenir de cette charmante soirée.


Le lendemain, comme à l'accoutumée, alors qu'ils reprenaient leur rêverie étoilée, ils entendirent à nouveau le chanteur. Robert gonfla ses poumons et se lança dans une improvisation digne du plus fin des rossignols. Leurs chants s'harmonisaient à merveille, l'un relançant l'autre dans une musique d'avant goût de paradis. L'osmose entre l'homme et l'oiseau était parfaite. Pas l'once d'une compétition, l'harmonie, rien que l'harmonie. Yvette frissonnait d'aise. Admirative, elle regardait son Robert s'époumoner au clair de lune naissant. Le jour suivant, l'oiseau étant à nouveau au rendez vous, sûre que personne ne les croirait, elle enregistra au moyen d'un petit magnétophone le concert que donnait cet étrange duo. Les concertistes se produisirent ainsi presque tous les soirs du mois de juillet, puis août et enfin septembre où l'oiseau s'arrêta sans prévenir. Ils en déduisirent, l'automne arrivant, qu'il s'était envolé vers d'autres rivages plus cléments. Yvette convainquit sans mal son époux, faux modeste, de communiquer à l'Institut des sciences ornithologiques de Paris les détails de cette incroyable aventure. Ils envoyèrent, fiers de leur contribution, une longue lettre accompagnée d'une copie de l'enregistrement.


Yvette entra dans le salon de coiffure, choisit soigneusement un fauteuil au milieu des candidates au shampoing, bigoudis et casque chauffant, s'y assit et alors que, n'y tenant plus, le magnétophone sur les genoux, elle s'apprêtait à raconter son invraisemblable histoire, une dame qui habitait à deux pas de chez elle prit la parole :

-Vous ne devinerez jamais ce qui nous est arrivé cet été ! Figurez vous qu'un soir où nous nous reposions au jardin, mon mari, pour m'amuser, se mit à siffler, imitant le chant d'un oiseau des îles et vous ne me croirez jamais si je vous raconte qu'un oiseau…………………




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